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Nietzsche, l'art et la vérité.

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Euterpe
Desassocega
6 participants

descriptionNietzsche, l'art et la vérité. - Page 2 EmptyRe: Nietzsche, l'art et la vérité.

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Silentio a écrit:
Mais alors quelle est la différence entre les illusions et les fausses vérités ? Quel critère permet de dire que certaines illusions sont bonnes et d'autres à rejeter si tout est faux (et ce qui est faux l'est au regard de la vérité, du moins d'une autre vérité) ? La croyance en Dieu n'aide-t-elle pas aussi, plus que d'autres, à supporter la vie ?

Il me semble que les "bonnes illusions" sont celles qui garantissent voire préservent l'ordre social (et l'ordre public). Ce sont celles qui ont une utilité sociale. Elles sont "nécessaires" (elles ne datent pas d'hier, elles sont comme "enracinées" depuis des siècles dans les structures mentales, elles s'incarnent sous la forme de contraintes et d'usages sociaux) pour éviter le soulèvement des "masses" (comme on disait au XIXème siècle). Au fond, en effet, on croit toujours, malgré les apparences et sans vouloir le reconnaître, qu'il existe d'un côté des idées "vraies" et de l'autre des idées "fausses".

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Kthun a écrit:
Silentio a écrit:
Mais alors quelle est la différence entre les illusions et les fausses vérités ? Quel critère permet de dire que certaines illusions sont bonnes et d'autres à rejeter si tout est faux (et ce qui est faux l'est au regard de la vérité, du moins d'une autre vérité) ? La croyance en Dieu n'aide-t-elle pas aussi, plus que d'autres, à supporter la vie ?

Il me semble que les "bonnes illusions" sont celles qui garantissent voire préservent l'ordre social (et l'ordre public). Ce sont celles qui ont une utilité sociale. Elles sont "nécessaires" (elles ne datent pas d'hier, elles sont comme "enracinées" depuis des siècles dans les structures mentales) pour éviter le soulèvement des "masses" (comme on disait au XIXème siècle). Au fond, en effet, on croit toujours, malgré les apparences et sans vouloir le reconnaître, qu'il existe d'un côté des idées "vraies" et de l'autre des idées "fausses".

Ce qui relève, somme toute, d'un platonisme à l'usage du peuple, ce qui fait bien partie de la politique nietzschéenne mais ne dit rien de l'utilité des illusions pour les philosophes-rois, les plus élevés des guerriers-gardiens, qui connaissent la vérité, du moins celle qu'il n'y en a pas, et qui doivent pourtant eux aussi, ne serait-ce qu'en tant qu'artistes indépendants, se donner des idoles pour vivre, un monde de nouvelles apparences. Mais le problème est que l'artiste, se sachant créateur, est au-dessus de sa création : comment peut-il croire en ce qu'il se donne pour fiction vitale (je parle de fiction parce que l'illusion est le contraire de la vérité, or pour Nietzsche il n'y a que des erreurs et sa vérité me semble difficile à définir, elle brille plutôt par son absence, le sens est constitutif du réel, il n'y a que des interprétations du monde mais pas de texte prédéfini et enfoui qu'il s'agirait de découvrir) ? S'agit-il d'opposer la persuasion des sens et par eux, la puissance, la rhétorique, à la vérité ? Mais en l'absence de toute véracité de ces fictions, en l'absence de ce qui fait la force des croyances (l'ignorance), la vérité ne conserve-t-elle pas toujours, malgré tout, le plus de force, d'attrait ? A moins de se persuader que nos créations seules sont ce qui est ou de suspendre son jugement (ou bien encore il y a le mythe qui peut éduquer les générations à venir). On peut tromper le peuple, pour son bien ou pour celui des grands hommes, mais l'artiste, le génie, peuvent-ils s'auto-illusionner ? Est-ce que ce qui est censé leur procurer la vie plus intense n'est pas aussi ce qui, le plus trompeur, en révélant par son existence même son caractère de simulacre, affaiblit l'aristocrate nouveau et devrait, s'il prend conscience de cette carence de l'art, le mener à chercher la vérité ? Ainsi, l'art permet de se donner un monde et révèle en même temps la fragilité de notre condition. La question est alors : peut-on sans cesse fuir la vérité de la mort par le divertissement ? C'est ce qu'il y a de tragique chez l'esthète kierkegaardien : il fuit l'hostilité du monde et se réfugie dans l'art, mais plus il fuit et plus il se perd lui-même. Il n'a plus le choix, peut-être, que de produire les conditions de sa jouissance, mais l'art n'est pas assez fort pour devenir la réalité. Autre chose est de reconnaître que ce sont les hommes qui créent les valeurs et qu'ils doivent les tenir pour telles en s'en donnant qui favorisent leurs conditions de vie sans pour autant les assujettir à leurs créations. Mais peut-être le philosophe nietzschéen peut-il jouer à l'artiste tout en recherchant une vérité qui ne vient jamais, recherchant à expérimenter la pluralité du monde et l'intensité d'une vie souffrante qui s'éprouve elle-même dans la tension entre le besoin de vérité et la prise en compte du réel fluctuant sous les discours.

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Aristippe de cyrène a écrit:
comme Silentio, je me demande bien quel est le critère pour désigner une illusion bonne et une illusion à rejeter.

Le critère est la vitalité. Certes, c'est un critère très subjectif. On ne peut pas dire comme ça, d'une pirouette, que Nietzsche était plus vivant que Platon, même dans sa philosophie. Ça ne suffira pas. Par contre, on peut dire que l'idéal platonicien est une admiration pour des choses mortes, le "rêve de pierre" qu'est la beauté. Le monde des Idées de Platon est un monde minéral, figé. Une philosophie qui place l'Être au-dessus du devenir est une philosophie qui place la mort au-dessus de la vie. Nietzsche substitue le devenir à l'Être. Il tente de montrer que la réminiscence platonicienne n'est que l'incapacité à oublier. Il a commencé, en tant que philologue, par critiquer l'abus de l'histoire, science du passé s'il en est, avant de se tourner vers la critique plus ambitieuse de la métaphysique. L'homme a perdu cette force de l'oubli, il a figé le devenir dans sa mémoire, et s'il en a tiré un grand bienfait pour construire la civilisation, ce fut pour son plus grand malheur. Aussi Nietzsche écrira ce poème à la fin de Par delà Bien et Mal : "Divin est l'art d'oublier".

Jette dans l'abîme ce que tu as de plus lourd!
Homme oublie! homme oublie!
Divin est l'art d'oublier!
Si tu veux t'élever,
Si tu veux être chez toi dans les hauteurs
Jette à la mer ce que tu as de plus lourd!
Voici la mer, jette-toi à la mer,
Divin est l'art d'oublier


Liber a écrit:
A mon avis, Nietzsche cherchait la vérité plus lucidement que quiconque, puisqu'il dénonce les fausses vérités de Platon,

Qu'est-ce qui vous fait dire cela ? Car Nietzsche rejette, il me semble, la vérité, non ?

Non, Nietzsche rejette la vérité métaphysique, les "arrière-mondes". Mais si vous prenez toute son enquête généalogique sur la morale, il s'agit bel et bien d'une recherche de la vérité. De même, le Crépuscule des idoles démasque les croyances décrépites à faire tomber, comme l'arbre vermoulu qui n'attend qu'un coup de vent pour s'écrouler.

descriptionNietzsche, l'art et la vérité. - Page 2 EmptyRe: Nietzsche, l'art et la vérité.

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A mon avis Platon, en tant qu'homme, était plus vivant que Nietzsche, il suffit de comparer leurs biographies. Mais même en s'attachant à penser le monde et la vie sous le spectre de l'éternel, mû par une passion de connaissance, un désir de vérité et submergé par l'approche du divin, il me semble avoir eu une vie intérieure exceptionnellement intense. En tant qu'artiste il jouit aussi d'un regard incomparable sur les hommes et a réussi à s'approprier des caractères très différents au travers de ses personnages, ce qui révèle la richesse et la diversité de ses instincts.

Quant à la vitalité, bien entendu c'est le critère, mais comme vous le dites c'est assez subjectif. Mis à part le personnage du prêtre ou du supplicié, peut-on vraiment dire que la croyance en Dieu, par exemple, est mauvaise ? Ne peut-elle pas aider et réjouir ? Pourquoi le Dieu chrétien serait-il aussi mauvais tandis que les dieux antiques seraient un signe de la vitalité des peuples dont ils sont les images et les idoles ? Et si l'on prend les musulmans (Nietzsche préférait l'Islam), ne montrent-ils pas que la religion, l'ascétisme et la vitalité peuvent aller de pair ?

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Qu'aime-t-on avec l'art ?
L'œuvre est-elle vraisemblable ?
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