Portail philosophiqueConnexion

Bibliothèque | Sitographie | Forum

Philpapers (comprehensive index and bibliography of philosophy)
Chercher un fichier : PDF Search Engine | Maxi PDF | FreeFullPDF
Offres d'emploi : PhilJobs (Jobs for Philosophers) | Jobs in Philosophy
Index des auteurs de la bibliothèque du Portail : A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

Une hiérarchisation du racisme ?

power_settings_newSe connecter pour répondre
+6
Vangelis
JimmyB
Zingaro
Silentio
aldolo
Euterpe
10 participants

descriptionUne hiérarchisation du racisme ? - Page 6 EmptyRe: Une hiérarchisation du racisme ?

more_horiz
Silentio a écrit:
entendez-vous aussi par là la démocratie directe telle qu'il la pense ? Ou l'auto-limitation est-elle un principe qui, finalement, peut tout aussi bien prévaloir dans un régime libéral ? Et si je comprends bien, vous souscrivez (comme moi, je ne le cache pas, bien que je sois "indéterminé", indécis sur toutes ces questions) à cette exigence, tout en doutant de son effectivité tant que les conditions "socio-historiques" sont les mêmes.

L'auto-limitation est d'autant plus nécessaire pour une démocratie directe qu'elle suppose, sinon la suppression, du moins la réduction de l'État. Mais c'est une question de responsabilité individuelle. Si les modernes se montraient capables d'auto-limitation dans leur propre existence individuelle, ou bien capables de l'appliquer à des choses importantes... Sauf que les conceptions en vogue de l'individu moderne en font quelqu'un que la moindre contrariété scandalise, a fortiori lorsqu'il est question d'identité.

Silentio a écrit:
Euterpe a écrit:
je suis sceptique quant aux capacités ou à la volonté des sociétés démocratiques modernes

Donc, en attendant un hypothétique changement des mentalités et des programmes politiques, on ne peut que s'en tenir à ce qui est (même si le régime se délite) ?

Nous sommes toujours dans la condition historique diagnostiquée par Ortega, Ellul et quelques autres : on ne sait pas ce qu'il en sortira (nous vivons dans l'imprévisible) ; le pire est une hypothèse nécessaire, je ne reviendrai pas sur les œuvres des uns ou des autres. Toujours est-il qu'on ne peut pas à la fois demander aux personnes de s'auto-limiter et de s'auto-centrer. C'est l'un ou l'autre. D'un côté, la perception et l'acceptation de l'altérité comme un donné évident ; de l'autre, le déni pur et simple de l'altérité, dont le racisme est une modalité qu'il a toujours été dangereux de ne pas tenir pour tel.

Silentio a écrit:
Que faire, alors, si l'État est le problème ? Doit-on le soutenir à contre-cœur tant que la situation (les conditions que j'évoquais plus haut) reste la même ? On reste libéral, on tolère l'État et éventuellement on préfère l'ordre qu'il institue au désordre institutionnel ? Ou bien encourage-t-on la "montée" de la société et le délitement de l'État et du régime républicain actuel ? Par quels moyens (la lutte politique, la révolution, l'attente, etc.) ?

Que faire ? Réformer. Dans le cas de la France, la réforme doit consister dans le démantèlement de l'État. Avec toutes les questions juridiques que cela soulève (et l'expérience historique et théorique à disposition - cf. Sieyès, Schmitt, etc.), et notamment celle de savoir qui, du pouvoir institué ou du pouvoir instituant, peut et doit réformer.

Silentio a écrit:
Euterpe a écrit:
la société ne peut advenir à elle-même que par l'hétéronomie politique.

Je ne suis pas sûr de comprendre, parce que pour moi l'hétéronomie politique c'est l'État. Qu'est-ce que cela signifie ?

Les Français ont choisi l'État, plutôt que la société. L'ordre plutôt que la guerre civile. C'est l'horizon politique à partir duquel pensent et agissent les Français entre les deux Napoléon, puis entre Pétain et la Ve République.

Silentio a écrit:
Euterpe a écrit:
Au moins parce que l'État est incompatible avec l'indétermination démocratique thématisée par Lefort.

Je dois me tromper, mais je croyais que Lefort n'était pas contre l'hétéronomie de l'État en tant qu'elle serait constitutive de la réalité politique. L'indétermination démocratique ne se passe pas du conflit des puissants et du peuple, simplement la démocratie rend le lieu du pouvoir "vide". Je voyais cela comme plus proche du libéralisme, avec plus de contre-pouvoirs, un État moins fort ou plus soumis au droit, mais pas comme l'exercice collectif et direct du pouvoir par l'ensemble des citoyens (ce que l'on trouve chez Castoriadis). Au contraire, il me semble que pour Lefort il y a toujours une division au sein de la société, division qui est une condition de la démocratie. On ne se passe donc pas d'un minimum de bureaucratie et d'un État qui s'élève au-dessus de la société, la société sans classes et sans État étant un fantasme dangereux. A moins de neutraliser l'État chez Lefort : le pouvoir reste, dans la même configuration, indéterminé, au contraire du pouvoir incarné par tout un chacun (ou "participé" par tous) chez Castoriadis (l'auto-détermination).

L'indétermination démocratique c'est, d'abord, la thématisation de ceci qu'on ne sait pas exactement ce que c'est que la démocratie, et qu'on ne peut pas le savoir. C'est une implication de tous les instants. Il ne peut suffire de l'instituer, parce qu'elle est et reste toujours instituante.

S'agissant de la France, le pessimisme est encore le plus raisonnable.

descriptionUne hiérarchisation du racisme ? - Page 6 EmptyRe: Une hiérarchisation du racisme ?

more_horiz
Euterpe a écrit:
Que faire ? Réformer. Dans le cas de la France, la réforme doit consister dans le démantèlement de l'État. Avec toutes les questions juridiques que cela soulève (et l'expérience historique et théorique à disposition - cf. Sieyès, Schmitt, etc.), et notamment celle de savoir qui, du pouvoir institué ou du pouvoir instituant, peut et doit réformer.

Cela, aucun parti politique ne le fera.
Euterpe a écrit:
Les Français ont choisi l'État, plutôt que la société.

Et nous sommes néanmoins schizophrènes, puisque si nous souhaitons la protection de l'État nous demandons de plus en plus de liberté individuelle. Et c'est très bizarre, parce que ce que nous voyons se produire en ce moment c'est justement la revendication paradoxale à la fois d'un plus et d'un moins d'État : que l'État nous laisse tranquille, mais qu'il continue à prendre soin de nous. Dans tous les cas, avec ou sans l'État, l'individu (qu'il veuille ou non s'affirmer) n'est pas autonome. Mais peut-être l'individu est-il le corolaire de l'État... Il faudrait au contraire accepter le risque de l'insécurité (identitaire et sociale).

descriptionUne hiérarchisation du racisme ? - Page 6 EmptyRe: Une hiérarchisation du racisme ?

more_horiz
Je me permets de citer mon vieux Royer-Collard :
Pierre Paul Royer-Collard a écrit:
Nous avons vu la vieille société périr, et avec elle cette foule d'institutions domestiques et de magistratures indépendantes qu'elle portait dans son sein, faisceaux puissants des droits privés, vraies républiques dans la monarchie. Ces institutions, ces magistratures ne partageaient pas, il est vrai, la souveraineté ; mais elles lui opposaient partout des limites que l'honneur défendait avec opiniâtreté. Pas une n'a survécu, et nulle autre ne s'est élevée à leur place. La révolution n'a laissé debout que les individus. La dictature qui l'a terminée a consommé, sous ce rapport, son ouvrage ; elle a dissous jusqu'à l'association pour ainsi dire physique de la commune : elle a dissipé jusqu'à l'ombre des magistratures dépositaires des droits et vouées à leur défense. Spectacle sans exemple ! On n'avait encore vu que dans les livres des philosophes une nation ainsi décomposée et réduite à ses derniers éléments. De la société en poussière est sortie la centralisation ; il ne faut pas chercher ailleurs son origine. La centralisation n'est pas arrivée, comme tant d'autres doctrines non moins pernicieuses, le front levé, avec l'autorité d'un principe ; elle a pénétré modestement, comme une conséquence, une nécessité. En effet, là où il n'y a que des individus, toutes les affaires qui ne sont pas les leurs sont des affaires publiques, les affaires de l'État. Là où il n'y a pas de magistrats indépendants, il n'y a que des délégués du pouvoir. C'est ainsi que nous sommes devenus un peuple d'administrés, sous la main de fonctionnaires irresponsables, centralisés eux-mêmes dans le pouvoir dont ils sont les ministres.
[...]. La société a été, non sans doute oubliée ou négligée, mais ajournée [...].

Royer-Collard, discours prononcé à l'Assemblée nationale en 1822 ou 1823.

L'ajournement s'éternise. Difficile à présent de croire que la société revienne à l'ordre du jour. Ça ne se décrète pas.

descriptionUne hiérarchisation du racisme ? - Page 6 EmptyRe: Une hiérarchisation du racisme ?

more_horiz
Bernard Lazare, L'antisémitisme : son histoire et ses causes, L. Chailley, Paris, 1894.

descriptionUne hiérarchisation du racisme ? - Page 6 EmptyRe: Une hiérarchisation du racisme ?

more_horiz
J'ai beaucoup de mal avec le terme "racisme", "raciste". Non pas que je dénie son absence réelle (c'est-à-dire l'altération plus ou moins violente d'un individu A envers un individu B en raison de ses caractères physiques qui prédisposent un comportement, réel ou supposé) mais qu'il est utilisé à toutes les sauces.
Les termes comme xénophobie, isolationnisme, ostracisme, anarchisme, judéophobie, misanthropie... peuvent être utilisés dans bien des cas. Cela demanderait des compétences perceptives et sémantiques importantes, acquises grâce à l'éducation, que la population devrait avoir idéalement, dans un monde idéal.

Ici un entretien que je trouve intéressant (c'est une émission de Raphael Enthoven)
http://videos.arte.tv/fr/videos/philosophie-racisme--7686632.html

Ici un essai sur les différentes positions de Levi-Strauss sur le racisme.
http://www.cairn.info/revue-l-homme-2007-2-page-7.htm

Je vais essayer de mettre le terme de racisme en perspective tant dans l'espace que dans le temps.
A l'heure ou l'antisémitisme était le plus grand en Europe, non seulement il y avait des fortes poussées de nationalisme mais en plus les juifs victimisés étaient les plus assimilés (ex : Dreyfus).
Sartre disait que l'antisémite crée le juif. L'étoile jaune est le marqueur du "juif" puisque justement sans étoile jaune, difficile de reconnaître un juif, puisqu'il n'a pas de traits typiques, est blanc, vivant en Europe depuis des lustres. Bref, invisible.

De même que Fanon disait que l'européen avait créé le nègre, le noir. Il a été un grand critique de Césaire sur son concept de négritude.
Le noir a un travail psychologique plus profond à faire : se rendre compte de son marqueur, de sa "négricisation". Puis agir librement en faisant abstraction de son marqueur dans un environnement qui le prend en compte, dans l'espoir de ne pas retomber dans la mauvaise foi. Le mythe de Sisyphe en somme.

Lesdites minorités selon ces auteurs doivent ainsi s'émanciper, jongler entre devenir "le même" et devenir "autre" autrement.

Par la suite, après la 2nde guerre mondiale, des auteurs tels que Levinas ont défendu une idée de l'identité juive, récusant le théorème de Sartre.
De même, aux USA, divers mouvements se forment afin de développer fortement l'émancipation des afro-américains. Il n'est plus question de devenir le même, ni de devenir autre autrement, mais de devenir soi, quitte à être perçu comme "autre" (j'espère me faire comprendre).
Mais là ou un glissement s'est fait depuis l'assignation raciale vers l'identité ethnique, cette problématique se trouve à mon sens évoluer différemment selon les types de gouvernement.

Actuellement, on ressent par exemple un regain de l'antisémitisme, supposé ou réel, mais ce terreau est propice dans un pays avec un État fort, ou qui devrait l'être tout du moins. On se sert du banquier (et patron de presse et sioniste) juif pour ne pas remettre en cause le système centralisateur qu'on ne veut pas renverser. Il sert, à ses dépens, de catharsis. L'antisémitisme, et par extension (ou réduction) le racisme, se déploie efficacement dans un État paternaliste.

Existe-t-il un antisémitisme aux USA ? Pays libéral avec un État relativement peu socialiste.
L'Allemagne des années 30 avait-elle un État centralisateur ?

Ce que je veux dire par là, c'est que combattre efficacement le racisme, c'est vouloir émanciper l'individu et donc promouvoir le libéralisme. Et donc vouloir changer le type de gouvernement, ce qui n'est pas possible car la France est de tradition monarchique, énarchique. Alors on bricole.

Je distingue donc les groupes communautaires (se regroupant autour d'intérêts et de niveau socio-économique partagés) des groupes racialistes, ou essentialistes (se regroupant autour de mythes et de mémoires). Autrement dit, on change plus facilement de communauté selon son portefeuille. Pour la "race" (pour un partisan du racialisme, ou essentialisme), elle est immuable.

Un État libéral engendre du communautarisme tandis qu'un État fort engendre du racialisme.
Vous me direz, visuellement c'est du pareil au même puisque les communautés "noires" aux USA sont entre noirs, de même avec les hispaniques et les asiatiques. Toutefois, les conflits inter-communautaires sont différents des conflits interraciaux. La dynamique n'est pas la même, les solutions non plus.

De même que les "noirs" et "arabes" subissant du racisme sont ceux provenant des anciennes colonies et tantôt entretiennent ou subissent les résidus d'un État paternaliste, les asiatiques rescapés des années Boat people (essentiellement des petits commerçants de centre-ville des pays indochinois) jonglent entre une assimilation et un communautarisme, avec comme socle une approche libérale.

Mais ce qui m'inquiète le plus est de voir la non distanciation entre l'État et la société. Comme le dit un précédent post, Dieudonné contre Valls, ce n'est pas sérieux, cela donne l'impression d'une société organique qui fait un corps seul. Est-ce le terreau d'un nouveau fascisme ?

(Eunomia)
privacy_tip Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
power_settings_newSe connecter pour répondre