Silentio a écrit:
Cela ressemble à une critique de type wittgensteinienne ou rortienne. Nous ne pouvons connaître les choses en elles-mêmes, voire il n'y a pas de choses en soi, car nous sommes pris dans les rets de notre langage et donc dans la relation que nous entretenons à notre environnement. Mais justement, s'il n'y a pas de vérité, c'est-à-dire de connaissance objective possible de la réalité extérieure, alors nous ne connaissons que les manières que nous avons d'interpréter ce qui nous entoure. La vérité se transforme en utilité, et nous pouvons même aller dans le sens de Nietzsche pour qui il n'existe pas de faits, mais une infinité d'interprétations (voire de versions d'un même monde, ou de mondes qui cohabitent ?) selon les intérêts de tel ou tel organisme, de telle ou telle forme de vie. Mais en même temps, la possibilité de cette infinité d'interprétations (évolutives, qui plus est, puisque relatives à nos intérêts et nos interactions) supposerait qu'il n'y a pas une vérité éternelle qui nous précéderait de tout temps et que l'on pourrait découvrir, mais que le réel admet d'être interprété, mis en forme de manières très diverses. Il n'y aurait même pas un texte hors de nous traduit par chacun dans son propre langage, mais une page blanche, si j'ose dire, ce non-sens qui permet la plasticité du sens. Je ne saurais cependant vous dire si nous pouvons aller jusqu'à dire quelque chose de légitime sur un en-dehors ou s'il faut se résigner à parler d'un mystère, comme l'appelle Wittgenstein, sur lequel il nous faudrait garder le silence...


Je pense que cela résume toute la problématique humaine, et je ne vois pas comment il peut en être autrement, nous ne pouvons rien connaître de ce qui n'est pas la réalité. Mais il y a une petite contradiction, car cela ne fonctionne que si nous raisonnons de façon circulaire. Je ne connais que la réalité, celle dont je peux parler avec le langage, je suis un objet qui fait partie de cette réalité, qui s'en dissocie pour définir son existence, son identité par rapport à elle. Il n'y a pas une infinité de mondes possibles, mais une infinité de réalités possibles (ou est-ce la même chose pour Nietzsche), celles de l'antiquité, celle du siècle dernier, celle de demain, celles des autres cultures, mais je n'en connais qu'une et ne peut en connaître qu'une, celle de mon hier, déjà en conflit avec celle d'aujourd'hui. De cette réalité se déduit des vérités (un sens) - des utilités qui portent des valeurs issues des vérités -. Mais dans ce cas, que peut signifier "la réalité extérieure" ? Extérieure à quoi puisque la réalité est ce qui est réel ?