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Habermas, Hayek, Rawls.

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Aujourd'hui je m'intéresse à la pensée de Habermas, philosophe dont je me suis rendu compte qu'il rejoint Hayek sur pas mal de constats quant à l'évolution de la société, mais qui n'en tire évidemment pas les mêmes conclusions. Il m'intéresse parce que, sauf erreur de ma part, il est l'un des principaux philosophes de la démocratie délibérative ayant insisté sur la nécessité que les citoyens parviennent à une compréhension commune de la société dans laquelle ils vivent. Pour satisfaire cet objectif, Habermas estime que la démocratie délibérative est le système le plus efficace, parce qu'il permet aux citoyens, mieux que tout autre système, de réaliser un apprentissage (à la fois moral et, ce qui m'intéresse davantage, technique), de développer leur intelligence.

Hayek, par contraste, considère que le meilleur moyen de découvrir des institutions qui satisferont les citoyens, c'est de laisser les institutions évoluer dans un environnement de libre concurrence, processus au cours duquel les institutions les plus efficaces remplaceront graduellement les institutions moins efficaces ; et il soutient qu'il se peut que les citoyens ne comprennent pas vraiment pourquoi les institutions qui survivent à ce processus de libre concurrence sont désirables. Par exemple, Hayek affirme que les institutions du capitalisme se sont répandues dans les populations humaines en raison de leur plus grande attractivité, mais les populations en question, bien souvent, ne savent pas ce qui dépend de la préservation des institutions du capitalisme.

En résumé, Hayek insiste sur l'absence fréquente de compréhension des citoyens devant un processus d'évolution qui les dépasse (alors qu'il leur est bénéfique), tandis que Habermas insiste sur le besoin pour les citoyens de parvenir à la fois à une compréhension réciproque, et à une compréhension des institutions de la société dans laquelle ils vivent. C'est ce contraste entre les deux auteurs qui m'intéresse au premier chef.

Hayek décrit les hommes tels qu'ils sont, mais il en tire aussi la conclusion (normative) qu'une autorité supérieure (même si elle est démocratique) ne devrait pas être l'ultime juge de ce que sont de bonnes et de mauvaises institutions. La question “quelles institutions sont bonnes ?”, c'est la sélection concurrentielle qui, ex post, devrait y répondre, car elle est susceptible d'apporter une réponse plus pertinente que celle que pourrait trouver une autorité supérieure, ex ante. La concurrence impersonnelle est, selon Hayek, plus intelligente que les hommes.

Mais cela me semble poser un problème (au-delà de la question, que je mets ici de côté, de savoir s'il est vrai que la libre concurrence est le meilleur moyen de découvrir de bonnes institutions) : un problème de sens et de légitimité. En effet, si les citoyens héritent d'institutions désirables (par exemple les institutions du capitalisme), mais ne comprennent pas suffisamment pourquoi elles sont désirables (parce que c'est la libre concurrence, en définitive, qui les a sélectionnées), comment peut-on les convaincre qu'elles sont désirables ? C'est ici qu'intervient Habermas.

Mon intérêt pour Habermas a été suscité par la lecture d'un article intitulé “Habermas, a critical approach” (1988), dans lequel son auteur, Shearmur, bien qu'il critique Habermas, reconnaît que “Habermas is correct that one cannot sensibly divorce normative political theory and the task of trying to make sense of the world”. Cela m'intéresse : la question du devoir-être, en l'occurrence, celle de savoir quel type d'institutions sociales (notamment, quel type de système économique, politique…) il faut juger bon, ne peut pas être séparée d'une autre question : quel type d'institutions sociales ont suffisamment de sens pour les citoyens, est suffisamment compréhensible, de sorte que ces citoyens puissent les juger légitimes et bonnes ?
Pour l'instant, je n'ai lu que quelques passages de Habermas, de son livre Between Facts and Norms (1996), dont cet extrait m'intéresse (mes notions d'Allemand ne sont pas suffisantes pour le lire dans le texte) :
In complex societies, the scarcest resources are neither the productivity of a market economy nor the regulatory capacity of the public administration. It is above all the resources of an exhausted economy of nature and of a disintegrating social solidarity that require a nurturing approach. The forces of social solidarity can be regenerated in complex societies only in the forms of communicative practices of self-determination. The project of realizing the system of rights – a project specifically designed for the conditions of our society, and hence for a particular, historically emergent society – cannot be merely formal. Nevertheless, this paradigm of law (…) no longer favors a particular ideal of society, a particular vision of the good life, or even a particular political option. It is formal in the sense that it merely states the necessary conditions under which legal subjects in their role of enfranchised citizens can reach an understanding with one another about what their problems are and how they are to be solved.


Son projet de démocratie délibérative, visant, entre autres, à améliorer la compréhension que les citoyens ont de la société, est certainement utopique. Mais ce qui m'intéresse, c'est qu'il indique une direction, un chemin. Et c'est ce chemin, plus que le but, qui m'intéresse chez Habermas, comme moyen d'alimenter ma réflexion sur le sens et la légitimité des institutions.

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John Rawls ne vous permettrait-il pas de trouver un point de passage entre Hayek et Habermas ?

Dernière édition par Euterpe le Mar 21 Nov 2017 - 23:07, édité 1 fois

descriptionHabermas, Hayek, Rawls. EmptyRe: Habermas, Hayek, Rawls.

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Il existe des sujets communs à Rawls et Hayek – comme l'idée qu'il est impossible de répondre à la question : "quelle distribution des ressources dans une société est-elle juste et quelle distribution est-elle injuste ?". Il existe aussi des divergences, puisque, contrairement à Hayek, Rawls préconise la règle du Maxi-Min, qui interdit toute inégalité économique qui est au détriment des citoyens les plus bas dans l'échelle sociale. Je sais qu'il existe également des points communs entre Habermas et Rawls (l'idée d'accord sur les institutions), et des divergences (il paraît qu'il y a une célèbre querelle entre les deux).

Cependant, sauf erreur de ma part, Rawls ne traite pas en profondeur du sujet de l'apprentissage, moral et technique, que les citoyens peuvent effectuer grâce à la communication linguistique et à la délibération en démocratie. Surtout, Rawls suppose que les citoyens qui vont nouer un contrat social savent déjà parfaitement quelles sont les conséquences qu'il faut attendre des différents types d'institutions éligibles. Inversement, les citoyens ne savent absolument pas quels seront leurs intérêts particuliers dans la société (voile d'ignorance). Or ce qui m'intéresse moi, c'est surtout le sujet de l'apprentissage des citoyens sur le fonctionnement de la société, sur lequel Habermas et d'autres démocrates délibératifs ont écrit.

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De mémoire, au début de Droit, législation et liberté : Hayek disait ne pas avoir eu le temps d'étudier la Théorie de la justice de John Rawls.

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Régis a écrit:
Cependant, sauf erreur de ma part, Rawls ne traite pas en profondeur du sujet de l'apprentissage, moral et technique, que les citoyens peuvent effectuer grâce à la communication linguistique et à la délibération en démocratie. Surtout, Rawls suppose que les citoyens qui vont nouer un contrat social savent déjà parfaitement quelles sont les conséquences qu'il faut attendre des différents types d'institutions éligibles. Inversement, les citoyens ne savent absolument pas quels seront leurs intérêts particuliers dans la société (voile d'ignorance). Or ce qui m'intéresse moi, c'est surtout le sujet de l'apprentissage des citoyens sur le fonctionnement de la société, sur lequel Habermas et d'autres démocrates délibératifs ont écrit.

C'est peut-être l'unanimisme de Rawls qui vous donne cette impression, laquelle peut vous faire manquer certaines convergences importantes entre les deux. Ces deux articles pourraient vous intéresser :

  • Philippe Chanial, "La démocratie sans territoire ? Habermas, Rawls et l'universalisme démocratique", in Quaderni, vol. 13, n° 13-14, 1991,
  • Bernard Manin, "Volonté générale ou délibération ? Esquisse d'une théorie de la délibération politique".


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