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Euterpe
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Mystères anciens de la mythologie grecque Empty Mystères anciens de la mythologie grecque

le Ven 24 Juin 2011 - 20:52
le morosophe
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Mystères anciens de la mythologie grecque Empty Re: Mystères anciens de la mythologie grecque

le Ven 17 Fév 2012 - 12:12
Malgré l'exactitude de la plupart* des informations qu'il contient, je trouve ce documentaire assez peu professionnel... il véhicule une très mauvaise conception de la religion grecque.

*Je dis bien la plupart, pas toutes. Il est par exemple dit que l'Olympe était tabou durant la préhistoire parce que Zeus y résidait... or, durant la période minoenne, l'art ne représente que des figures animales... il faut attendre la période mycénienne pour les dieux anthropomorphes. Parler de la mythologie comme si elle existait déjà telle quelle à la préhistoire ne montre que la superficialité de leur connaissance de la culture grecque... Il y a aussi deux ou trois petites erreurs par-ci par là... lorsqu'il est dit qu'Athéna était la seule déesse qui refusait de se marier par exemple (il y a aussi Artémis).

Tout d'abord, il traite indifféremment la mythologie et la religion, ce qui est assez peu approprié. C'est un peu comme si on tentait de comprendre le Judaïsme en apprenant par cœur les noms des descendants de Noé !

Ils commettent aussi l'erreur de parler des mythes comme s'ils étaient uniques et connus sous une seule version par tous les Hellènes... rien n'est plus faux. Même si Homère et Hésiode avaient une certaine forme d’autorité, il n'y a pas de "dogme". Il est par exemple dit dans le documentaire que Eros est fils d'Aphrodite. C'est une version du mythe. Une autre, celle d'Hésiode justement, en fait un fils de Erebos - les ténèbres - et de Nyx - la nuit -, tous deux nés du chaos primordial.

De même, la cosmogonie olympienne, récit de la création du monde que résument ces vidéos, n'est pas unique. Il y en a de nombreuses autres, parfois très différentes ! le mythe pélasgique, par exemple, qui fait intervenir de tout autres acteurs...

On peut aussi regretter que le nom d'Hésiode ne soit pas une seule fois prononcé... il est au moins aussi important qu'Homère ! D'autant plus que beaucoup des mythes rapportés par ces vidéos proviennent de la Théogonie... c'est à se demander s'ils ont vérifié leurs sources...

Il est aussi regrettable que les mystères des grands dieux de Samothrace (pas moins importants que les mystères d'Eleusis) et que la tradition orphique (bien plus intéressante, importante et influente que les mystères dionysiens) n'aient pas été évoqués... mais je peux comprendre qu'ils ne l'aient pas fait, faute de temps.

Ce qui m'a le plus gêné dans ce documentaire a été l'approche beaucoup trop superficielle (et souvent erronée) de la pensée grecque antique. La répétition des mots "paganisme" et "superstition", par exemple, est très déplacée... Quel besoin (autre que celui de créer une ambiance exotique légèrement inquiétante) avaient-ils d'employer le mot "paganisme", franchement ? "Un culte de divinités païennes"... c'est bien la peine de le préciser, on aurait pu se demander s'il ne s'agissait pas plutôt d'un culte de "divinités chrétiennes". :roll:

Ils s’appesantissent aussi beaucoup trop sur la moralité des dieux... L'idée (que l'on a aujourd'hui tendance à croire universelle) d'un bien et d'un mal métaphysiques absolus n'existait pas dans le monde hellénique, et la mythologie comme la religion n'avaient aucun rapport avec la morale et l'éthique (sauf peut-être dans le cas de certaines sectes). Dire des olympiens qu'ils ont "un côté bénéfique et un côté maléfique" trahit une approche beaucoup trop "chrétienne" et va totalement à l'encontre de la conception antique du dieu. Il n'était pas censé être la synthèse d'un bien et d'un mal, il était, c'est tout, et ce qu'il faisait était parfois agréable aux mortels et aux autres dieux, parfois moins... mais que quiconque veuille jouer avec les religions antiques se lave et se débarrasse de l'idée d'un mal absolu !
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le Ven 17 Fév 2012 - 13:58
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Malgré l'exactitude de la plupart* des informations qu'il contient, je trouve ce documentaire assez peu professionnel... il véhicule une très mauvaise conception de la religion grecque.
La mode des docu-fictions a de grands inconvénients pour de petits avantages ; mais il reste difficile de trouver un équilibre entre divertissement et information. Certains prétendent même que la plupart des téléspectateurs cherchent moins à s'informer qu'à "rêver", à "s'évader" - sans doute un avatar en charentaises du romantisme de l'ailleurs...

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:De même, la cosmogonie olympienne, récit de la création du monde que résument ces vidéos, n'est pas unique.
Soit, mais le titre du documentaire est : Les puissants dieux du mont Olympe, l'objet n'est donc pas la cosmogonie grecque en général.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Ils s’appesantissent aussi beaucoup trop sur la moralité des dieux... L'idée (que l'on a aujourd'hui tendance à croire universelle) d'un bien et d'un mal métaphysiques absolus n'existait pas dans le monde hellénique, et la mythologie comme la religion n'avaient aucun rapport avec la morale et l'éthique (sauf peut-être dans le cas de certaines sectes). Dire des olympiens qu'ils ont "un côté bénéfique et un côté maléfique" trahit une approche beaucoup trop "chrétienne" et va totalement à l'encontre de la conception antique du dieu. Il n'était pas censé être la synthèse d'un bien et d'un mal, il était, c'est tout, et ce qu'il faisait était parfois agréable aux mortels et aux autres dieux, parfois moins... mais que quiconque veuille jouer avec les religions antiques se lave et se débarrasse de l'idée d'un mal absolu !
Le vocabulaire ne doit pas tromper. Ce qu'ils essaient de dire, c'est que les dieux grecs ne sont pas des saints irréprochables. N'oubliez pas le discours d'Achille dans l'Iliade, ni la critique implacable qu'Euripide adresse aux dieux, qui se contrefichent éperdument de la Dikê, qui prennent des décisions complètement arbitraires, qui sont capricieux au possible, qui passent leur temps à se disputer bêtement, et surtout à empêcher les hommes de vivre en rond.
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le Ven 17 Fév 2012 - 19:26
L'époque antique était très moralisatrice, ce qui ne signifie pas qu'elle ait été morale, bien au contraire. Ainsi, récemment j'ai repensé à l'affaire DSK (la télé...). De prime abord, je me suis dit qu'un vieux libidineux comme lui n'aurait suscité aucune émotion dans l'Antiquité, puis je me suis souvenu que les comédies antiques étaient féroces à l'endroit de ces hommes. Castigat ridendo mores.
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le Sam 18 Fév 2012 - 22:46
(Vraiment désolé pour l'orthographe... j'ai de sérieux problèmes de ce côté, mais je fais des efforts)
(arg, plein de rouge ! bon, ça ne s'arrange pas... je fais ce que je peux, je me relis et me re-relis, promis !)

Il ne faut pas non plus tirer des conclusions trop hâtives... que les dieux grecs ne soient pas des parangons de vertu et cumulent tous les vices imaginables ne signifie pas que la société grecque soit "immorale". Seulement, le paradigme d'une lutte cosmique d'un bien et d'un mal métaphysique est typiquement chrétien... enfin, zoroastrien plutôt, mais peu importe, l'essentiel est qu'il était absent de la Grèce antique.
A ce titre, les dieux n'avaient pas à être parfaits, mais ils n'étaient pas considérés comme "bons" ou "mauvais" pour autant... En un sens, ils étaient "humains" !

Mais comme je l'ai dit, ça n'implique pas que les Hellènes n'aient pas de morale. Ils en avaient bien une, seulement, celle-ci n'avait rien d'une guerre de deux principes transcendants. La morale grecque confrontait uniquement l'individu à lui-même, et aux conséquences de ses actes (il s'agit du concept de "moïra").


Dernière édition par le morosophe le Dim 19 Fév 2012 - 1:39, édité 1 fois
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le Dim 19 Fév 2012 - 0:42
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Il ne faut pas non plus tirer des conclusions trop hâtives... que les dieux grecs ne soient pas des parangons de vertu et cumulent tous les vices imaginables ne signifie pas que la société grecque soit "immorale".
C'est précisément ce que nous n'avons pas dit, si vous avez lu attentivement nos remarques, lesquelles étaient précisément faites pour nuancer vos propos, que vous rédigez comme on rédige une conclusion, justement... Sauf qu'avant de conclure, il faut développer et argumenter.

J'en profite pour vous faire remarquer que votre emploi du terme "morale" est à la fois très réducteur et tendancieux. Comme s'il s'agissait d'un terme chrétien, d'abord, et comme s'il ne pouvait s'agir que de la science du bien et du mal... Nous sommes très loin du compte avec ça. Morale, c'est d'abord un terme latin (romain), d'invention cicéronienne, pour traduire le terme grec éthos : caractère, habitudes, mœurs. La morale, c'est d'abord les mœurs, lesquelles englobent les croyances, tout ce qui fait le "tissu" social, tout ce qui fait qu'une société tient ensemble. Il va sans dire que l'objet principal de la morale, c'est d'abord l'action, l'action envisagée selon des règles, puisque l'action implique nécessairement au moins deux personnes, donc, d'emblée, une société. Alors, quand on sait que les Grecs inventent la politique et le droit au sens moderne...

Enfin, vous n'êtes pas sans savoir, manifestement, que la Grèce antique, ce sont des pratiques religieuses, avec des interdits et un sens du sacré bien plus forts que les amuse-gueules du christianisme, mêmes aux temps des Torquemada. Les Grecs étaient très chatouilleux en la matière. Prenez n'importe quelle tragédie de Sophocle, ou encore le procès de Socrate... Ou encore, si ça vous chante, documentez-vous sur le matricide, en Grèce, mais aussi la saga complète des Atrides.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Mais comme je l'ai dit, ça n'implique pas que les Hellènes n'aient pas de morale.
Vous avez dit que le reportage s'appesantissait un peu trop sur la moralité des dieux. C'est très différent de ce que vous dites maintenant...

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:La morale grecque confrontait uniquement l'individu à lui-même, et aux conséquences de ses actes (il s'agit du concept de "moïra").
C'est un peu plus compliqué.

Pour finir, vous dites :
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:que quiconque veuille jouer avec les religions antiques se lave et se débarrasse de l'idée d'un mal absolu !
Oubliez un instant le christianisme. Comptez les œuvres grecques où il est manifeste que le "mal" absolu, pour eux, est l'hybris.
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le Dim 19 Fév 2012 - 2:10
Enfin, vous n'êtes pas sans savoir, manifestement, que la Grèce antique, ce sont des pratiques religieuses, avec des interdits et un sens du sacré bien plus forts que les amuse-gueules du christianisme, mêmes aux temps des Torquemada. Les Grecs étaient très chatouilleux en la matière. Prenez n'importe quelle tragédie de Sophocle, ou encore le procès de Socrate... Ou encore, si ça vous chante, documentez-vous sur le matricide, en Grèce, mais aussi la saga complète des Atrides.
Bien entendu. Les Grecs, comme tous les peuples, accordaient une très grande importance au rituel et au tabou. Enfin... en l’occurrence, à la piété et l'impiété, l'eusébeia et l'asébeia.
Ce que je veux dire est qu'il n'y a pas pour autant "d'anti-religieux" (les termes sont bien "asébeia" et "atheos", et non "antisébeia" et "antitheos"), et l'impiété et l'athéisme, aussi graves soient-ils, n'avaient rien d'un "Mal métaphysique absolu".

Vous avez dit que le reportage s'appesantissait un peu trop sur la moralité des dieux. C'est très différent de ce que vous dites maintenant...
Toutes mes excuses si je ne suis pas clair !
Ce que je "dénonce" (c'est un grand mot) est la mauvaise image donnée des dieux et de leur rapport à notre chère "morale". Quelques mots au sujet du non-manichéisme de la pensée antique n'auraient pas été de refus... au lieu de quoi on se retrouve avec des "côs obscurs des dieux" (sic) agrémentés de "paganisme"(sic) et de "superstition"(sic). Si on y rajoute les innombrables allusions aux sacrifices sanglants, on est presque en droit de se demander si le Vatican n'a pas financé ce reportage !
L'inquisition appartient au passé, je sais, mais il y a encore des tonnes de catholiques qui aiment se faire peur et se rassurer dans leurs convictions en voyant à quel point le paganisme c'est maaaal... et il n'est pas impossible que ces derniers soient le principal public visé...

Comptez les œuvres grecques où il est manifeste que le "mal" absolu, pour eux, est l'hybris.
L'hybris n'est pas un mal métaphysique au sens où on l'entend aujourd'hui (que ce soit dans la bouche d'un prêtre qui parle du diable ou d'un Américain qui parle de Ben Laden). Si je ne me trompe pas, l'hybris est la démesure, l'abus, l'excès. Ça n'a rien d'une force maléfique ou quoi que ce soit qui y ressemble... c'est juste ce qui fait qu'on se ramasse Némésis "dans la face". En ce sens, comme je le disais, c'est bien une moralité qui place l'individu uniquement face à ses actes et aux conséquences qu'ils auront, et non au centre d'une lutte cosmique du bien contre le mal.
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le Dim 19 Fév 2012 - 13:53
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Les Grecs, comme tous les peuples, accordaient une très grande importance au rituel et au tabou. Enfin... en l’occurrence, à la piété et l'impiété, l'eusébeia et l'asébeia.
Ce que je veux dire est qu'il n'y a pas pour autant "d'anti-religieux" (les termes sont bien "asébeia" et "atheos", et non "antisébeia" et "antitheos"), et l'impiété et l'athéisme, aussi graves soient-ils, n'avaient rien d'un "Mal métaphysique absolu".
Ça reste confus. Ce que vous voulez dire, c'est que la religion des Grecs n'est pas exclusive de la religion des autres, ce qui est exact. Les religions polythéistes ont toujours été beaucoup plus ouvertes et réceptives que les religions monothéistes. Mais attention à l'histoire et au vocabulaire, encore une fois. Diagoras de Mélos, en se déclarant athée, ne se déclare pas incroyant, il rompt son commerce avec les dieux. Or, c'est cela, la piété, dans l'antiquité gréco-romaine : le commerce (au sens de relation) avec les dieux. Être accusé d'impiété ou d'athéisme, ce qui est d'une gravité extrême en Grèce, j'y insiste, c'est être accusé d'avoir rompu toute relation avec les dieux, de vivre sans eux (vanité des vanités : hybris, encore...) de les négliger, de ne pas les respecter.

Le "mal métaphysique absolu..." : il ne peut pas y avoir de mal métaphysique absolu, pas plus chez les chrétiens que chez les Grecs. L'être, en soi, ce n'est ni bien ni mal. Ça n'a aucun sens pour les Grecs, pour qui il ne peut y avoir de mal radical (à la racine), puisque ça impliquerait de disqualifier l'être, le monde lui-même. Mais chez les chrétiens, vous occultez complètement certains "détails". S'il y avait un mal radical, c'est Dieu qu'il faudrait remettre en cause (et c'est du reste ce que fit Voltaire après le tremblement de terre de Lisbonne en 1755, pour condamner un dieu insensible, incapable d'empathie, comme dit le vulgaire aujourd'hui). Vous occultez complètement 3 choses conjointes : le péché originel (la chute), le libre-arbitre, la rédemption. Je vous passe les détails de toute la littérature jésuitique à ce sujet, celle des juristes espagnols en particulier. Le problème des extrémités du christianisme est un problème théocratique. Quand religion et politique se mêlent, les résultats sont toujours catastrophiques. Enfin, comptez le nombre d'ordres et de sous-ordres religieux, notamment pendant le moyen âge, vous verrez que le christianisme, pour n'être pas aussi "ouvert" que le polythéisme, est d'une très grande souplesse. Les alliances politiques sont le premier facteur de la zizanie. On le verra avec la Réforme et la Contre-Réforme.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Ce que je "dénonce" (c'est un grand mot) est la mauvaise image donnée des dieux et de leur rapport à notre chère "morale". Quelques mots au sujet du non-manichéisme de la pensée antique n'auraient pas été de refus... au lieu de quoi on se retrouve avec des "côs obscurs des dieux" (sic) agrémentés de "paganisme"(sic) et de "superstition"(sic). Si on y rajoute les innombrables allusions aux sacrifices sanglants, on est presque en droit de se demander si le Vatican n'a pas financé ce reportage !
L'inquisition appartient au passé, je sais, mais il y a encore des tonnes de catholiques qui aiment se faire peur et se rassurer dans leurs convictions en voyant à quel point le paganisme c'est maaaal... et il n'est pas impossible que ces derniers soient le principal public visé...
Vous ne visez pas la bonne cible : le christianisme puritain et conservateur des américains n'est pas le tout du christianisme. Le Vatican, que je sache, ce n'est pas Hollywood. C'est le cinéma américain qui a outrancièrement simplifié, jusqu'à des caricatures ridicules, certains aspects du "paganisme" (qui le fascine, du reste), et comme la BBC (qui propose par ailleurs beaucoup de bons reportages), relaie la chose, elle est souvent financée par des producteurs américains.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:c'est bien une moralité qui place l'individu uniquement face à ses actes et aux conséquences qu'ils auront, et non au centre d'une lutte cosmique du bien contre le mal.
Présenté ainsi ça ne convient pas. Les Grecs n'ont pas une conception dualiste du monde. C'est Platon qui en conçoit une et qui prépare ainsi le christianisme. Il ne peut évidemment pas y avoir de lutte cosmique entre le bien et le mal chez les Grecs. Mais chez les chrétiens, la chose n'a jamais été centrale, importante, obsessionnelle. Ça l'est au cinéma, pas dans la réalité des Églises chrétiennes. L'œcuménisme y a une place beaucoup plus importante, pour des raisons politiques le plus souvent, ce qui implique une certaine duplicité. Et surtout, l'Église romaine a une prétention à l'universalité. Le bien, le mal, c'est pour les campagnes militaires qu'on prépare contre des ennemis qui représentent un danger imminent : les Ottomans par exemple, aux XVIe-XVIIe siècles, mais c'est surtout pour les Américains, qui ne sont pas dans le secret des subtilités transcendantales de la nature divine, sans quoi, justement, ils ne raffoleraient pas du bien et du mal (mal qui a toujours fantasmatiquement presque le même pouvoir que le bien, chez eux - mais, comme le rappelait Schmitt, la politique se définit d'abord par la distinction entre amis et ennemis...).

Quant au manichéisme réel, historique, son succès fut de très courte durée en Europe, et son implantation très fragile. Pourquoi croyez-vous qu'il fut éradiqué aussi efficacement bien avant la fin de l'empire romain par l'Église romaine ? C'est surtout en Asie centrale et en Chine qu'il s'est (un peu) développé. Il a refait surface chez nous au XXe siècle à l'occasion du nazisme et de la guerre froide. Ça reste un épiphénomène, de toute façon.
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le Lun 20 Fév 2012 - 13:20
A propos du dualisme bien/mal absolu :
Même si elle est incompatible avec la foi en un dieu unique, tout-puissant et bon, l'idée d'un mal "radical" est bien présente dans le christianisme... malgré tous les problèmes que ça a causé aux théologiens, l'enfer, les démons, et à plus forte raison le diable font bien office d'un mal absolu et cosmique. Et je sais pour avoir déjà fréquenté des forums religieux plus ou moins extrémistes (en me prétendant parfois sataniste) que la croyance en un mal métaphysique absolu est encore très présente chez certain.
je veux bien que la plupart des croyants ne soient pas obsédés par ce "Mal" avec un grand "M", mais ça ne l'empêche pas d'être présent dans leurs croyances.

Il ne s'agit pas d'une idée typiquement chrétienne, bien sûr. Si je ne me trompe pas, elle est initialement Zoroastrienne... mais quoi qu'il en soit, elle est aujourd'hui présente dans la totalité des mondes chrétiens et musulmans. La politique n'y est effectivement pas pour rien, et aujourd'hui Hollywood (la culture populaire tout entière, en fait) non plus... mais quelles qu'en soient les causes, le dualisme est aujourd'hui connu de tous, et "tous" a justement une fâcheuse tendance à regarder toutes les croyances à travers celui-ci. Si on interroge au hasard les passants, il y a fort à parier qu'à peu près tous se révèlent estimer que Zeus était le "gentil suprême" des Grecs et que Hadès était le diable...

Il faut accorder au moins ça à cette vidéo : elle montre bien qu'aucun dieu n'était vraiment "gentil"...
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le Mer 22 Fév 2012 - 5:36
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:l'idée d'un mal "radical" est bien présente dans le christianisme... malgré tous les problèmes que ça a causé aux théologiens, l'enfer, les démons, et à plus forte raison le diable font bien office d'un mal absolu et cosmique.
Vous ne trouverez rien de tout ça dans aucune source du christianisme. A commencer par le commencement, autrement dit la Genèse. L'enfer désigne une punition. Les "démons" ne sont jamais que des variations sur Satan, qui désigne l'adversaire, l'accusateur, etc. Le diable (mot grec : dia-bole, antonyme de sym-bole) n'est pas quelqu'un, mais tout le monde et personne à la fois : "celui" qui divise, qui sépare les hommes les uns des autres, celui qui sème la zizanie, la dispute, etc. (disputer, discuter, dialoguer, etc., observez attentivement les étymologies). Enfin, les oppositions qu'on rencontre dans le christianisme sont, comme dans tous les mythes (pur et impur, sacré et profane, etc.), dialectiquement articulées.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Et je sais pour avoir déjà fréquenté des forums religieux plus ou moins extrémistes (en me prétendant parfois sataniste) que la croyance en un mal métaphysique absolu est encore très présente chez certains.
Les fanatiques sont le plus souvent parfaitement ignorants de ce qu'ils prétendent représenter ou incarner. Ils ne parlent qu'en leur nom et ne sauraient représenter quoi que ce soit en la matière.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Si on interroge au hasard les passants, il y a fort à parier qu'à peu près tous révèlent estimer que Zeus était le "gentil suprême" des grecs et que Hadès était le diable...
Si on interroge au hasard les passants, 75 % ne sauront pas de quoi il est question.
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le Mer 22 Fév 2012 - 10:19
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Si on interroge au hasard les passants, il y a fort à parier qu'à peu près tous révèlent estimer que Zeus était le "gentil suprême" des grecs et que Hadès était le diable...
Si on interroge au hasard les passants, 75 % ne sauront pas de quoi il est question.
Peut-être certains se souviendraient-ils que Zeus était le roi des dieux ? Rappelons aussi que Zeus signifie au départ "le jour", c'est-à-dire "ce qui brille", et que la même racine se retrouve en sanscrit et en latin ("Ju-piter").
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le Mer 22 Fév 2012 - 15:44
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Peut-être certains se souviendraient-ils que Zeus était le roi des dieux ? Rappelons aussi que Zeus signifie au départ "le jour", c'est-à-dire "ce qui brille", et que la même racine se retrouve en sanscrit et en latin ("Ju-piter").
Peut-être certains se souviendront en effet de leurs cours d'Histoire de sixième. Par contre, je ne pense pas que beaucoup se révèleraient capables de faire remonter les noms Jupiter à Zeus Pater et Zeus à l'indo-européen deiwos : "brillant/lumineux"... et dans l'improbable cas où on croiserait une telle personne dans la rue, il y a des chances que celle-ci sache de toute manière assez précisément tout ce qu'on peut savoir de Zeus !

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Si on interroge au hasard les passants, 75 % ne sauront pas de quoi il est question.
D'un certain côté, ce serait préférable... malheureusement, c'est oublier toutes les œuvres de fiction contemporaines "s'inspirant" de la mythologie, que ce soit l'Hercule de Disney qui a bercé trop d'enfances, ou l'un de ces nouveaux blockbusters dans lesquels on voit un héros grec lutter contre Hadès/Satan pour protéger l'olympe et Zeus/Dieu dans un monde de monstres (pas forcément grec) et de princesses sexys. Sans oublier les jeux vidéo.

Vous ne trouverez rien de tout ça dans aucune source du christianisme. A commencer par le commencement, autrement dit la Genèse. L'enfer désigne une punition. Les "démons" ne sont jamais que des variations sur Satan, qui désigne l'adversaire, l'accusateur, etc. Le diable (mot grec : dia-bole, antonyme de sym-bole) n'est pas quelqu'un, mais tout le monde et personne à la fois : "celui" qui divise, qui sépare les hommes les uns des autres, celui qui sème la zizanie, la dispute, etc. (disputer, discuter, dialoguer, etc., observez attentivement les étymologies). Enfin, les oppositions qu'on rencontre dans le christianisme sont, comme dans tous les mythes (pur et impur, sacré et profane, etc.), dialectiquement articulées.
J'ouvre un sujet pour approfondir cette conversation.
edit : c'est fait, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
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le Mer 22 Fév 2012 - 18:18
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:je ne pense pas que beaucoup se révèleraient capables de faire remonter les nom "Jupiter" à "Zeus Pater" et "Zeus" à l'indo-européen *deiwos "brillant/lumineux"
Aucune importance. Je soulignais simplement qu'une telle origine rend votre analyse caduque.
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le Mer 22 Fév 2012 - 18:58
Mon analyse ? C'est-à-dire ?

Que Zeus n'est pas le "gentil suprême" ? Il est le roi des dieux, oui, mail il n'est pas associé à un "bien" transcendant pour autant. Il n'y a rien de tel en Grèce antique, et les dieux autant que les hommes sont soumis à leurs passions. Tout maître du ciel qu'il soit, Zeus est parricide et coureur de jupons, par exemple.
Mais il n'est pas plus un "mal suprême transcendant" (notion tout aussi inexistante dans l'antiquité grecque) ou un être doté "d'un côté bon et d'un côté mauvais" comme le dit la vidéo. Il est juste un être soumis à son propre destin (ou "part" de destin, Moïra), tout dieu qu'il soit.
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